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Supervision bancaire: Le pari gagnant de Jouahri

Quand le système bancaire européen éternue, les banques marocaines s’enrhument, du moins, celles d’entres elles qui sont filiales de banques françaises.

 

Les banques de l’Hexagone font en effet l’actualité des marchés financiers surtout depuis que Moody's a abaissé d’un cran la notation des principaux groupes bancaires français. Faut-il donc réellement craindre pour le secteur bancaire national d’éventuels impacts de la dégradation de la situation des banques européennes? Pour l’heure, s’il est encore prématuré de répondre à cette question, les spécialistes du secteur bancaire s’entendent en revanche sur la nécessité de revoir les modèles de réglementation et supervision bancaires à l’échelle internationale comme conséquence aux déboires actuels des grandes banques européennes. Or, ceci n’est pas sans provoquer la polémique chez les pays émergents, tels que le Maroc, vu que ces derniers ont longtemps milité pour justement se mettre à niveau des standards internationaux.

Jouahri

Une stratégie qui s’avère payante
Aujourd’hui, ces mêmes standards  sont finalement remis en cause. C’est à ce niveau que réside l’importance du dernier rapport du Forum euroméditerranéen des instituts de sciences économiques (FEMISE). Le document en question, signalons-le, traite de la convergence des normes de supervisions bancaires dans le deux rives de la Méditerranée. Présenté à Casablanca vendredi dernier, il met en effet à nu les forces et les faiblesses des secteurs bancaires dans chacun des pays étudiés, parmi lesquels le Maroc, l'Algérie, l'Égypte et la Tunisie. D’emblée, le constat du FEMISE conforte les choix du Maroc en matière de réglementation bancaire. «La convergence de la réglementation et la supervision dans les pays du sud vers les standards des pays du nord de la Méditerranée présente un bilan mitigé», analysent les auteurs de l’étude. En effet, à l’heure où beaucoup de pays, notamment ceux du Maghreb, se sont empressés de converger vers les normes internationales, le Maroc, lui, a été plus prudent en instaurant son propre système de régulation et de supervision. Celui-ci, basé certes sur les dernières pratiques internationales en la matière, prend néanmoins en compte les spécificités du marché local. Cela n’empêche, Ryme Ayadi, chef de l’unité de recherche du FEMISE, ne manque pas de souligner que le cas du Maroc présente tout de même des points qui peuvent s’avérer inquiétants.

Quelques ajustements à faire
Il s’agit particulièrement de la qualité des créances des banques. En effet, si le royaume présente l’un des meilleurs taux d’évolution des crédits sur les dernières années, ce qui prouve d’ailleurs la réussite du défi de mettre les banques au service de l’économie, cela s’est en revanche fait au détriment de la qualité des créances. Ce qui classe donc le Maroc dans la même catégorie que ses voisins qui connaissent aujourd’hui un véritable alourdissement des créances en souffrance, même sans tenir compte du contexte de crise. «L’aggravation des créances en souffrance dans ces pays s’explique principalement par la prédominance de la corruption, l’interférence politique dans le secteur bancaire et la mauvaise gestion des risques dans leurs systèmes bancaires», explique Ryme Ayadi.

Néanmoins, avec la récente mise en place de la Centrale des risques, le Maroc s’est incontestablement positionné pour la lutte contre l’aggravation des créances en souffrance. Un détail qui n’a d’ailleurs pas échappé aux analystes du FEMISE. L’autre point négatif relevé dans le rapport du Forum euroméditerranéen a trait à l’ouverture du marché bancaire à de nouveaux entrants. Selon la même source, les pays de la rive sud de la Méditerranée, y compris le Maroc, ont mis en place des barrières à l’entrée de nouveaux investisseurs dans le secteur et qui ne convergent pas avec ce qui se passe dans les pays développés.

BAM pas forcément d’accord
Aux yeux des responsables de la Banque centrale, ce point de vue est discutable. D’ailleurs, Hassan Benhalima, vice-directeur de la supervision bancaire de BAM réfute d’emblée cet avis. Selon lui, les normes mises en place par le Maroc ne visent aucunement une fermeture des barrières mais prouvent au contraire que l’ensemble des opérateurs du secteur sont soumis aux mêmes exigences. D’ailleurs, la récente entrée de deux caisses d’épargne espagnoles dans le capital de banques marocaines démontre cet état de fait. Faut-il donc réellement y voir un handicap? Peut-être pas, car finalement la mise en place de conditions assez strictes pour l’accès au marché bancaire marocain a finalement contribué à la résilience du royaume face à la propagation de la dernière crise financière. Cela a en outre permis de faire du système bancaire national l’un des plus solides financièrement dans la région sud de la Méditerranée.  À ce titre, il y a lieu également de souligner que la prédominance des capitaux publics dans le secteur bancaire a entamé une phase descendante, ce qui n’est pas pour déplaire aux experts du FEMISE.

«Bien que la présence du gouvernement puisse donner lieu à des avantages indirects, les autorités doivent s’assurer que la présence de banques publiques ne représente pas un obstacle au développement du système financier», note-t-on dans le rapport. Par ailleurs, là où le Maroc prend réellement les devants c’est dans l’instauration de certains mécanismes qui permettent d’assurer une stabilité de son système bancaire. L’étude en question a en effet relevé que le royaume est l’un des rares pays à avoir décrété l’instauration de l’assurance des dépôts. Selon les experts, celle-ci permet de renforcer l’efficacité du marché bancaire et au Maroc les autorités semblent en avoir pris conscience dès 1993 quand l’obligation des banques à alimenter un compte de garantie des dépôts a été instaurée. «Ceci est avant tout destiné à garantir les dépôts des petits épargnants en cas de défauts d’un établissement», relève Hassan Benhalima. C'est donc là un autre point à mettre à l'actif du Maroc, lequel est devenu sans conteste un véritable modèle pour ses voisins. Et ce n'est que partie remise, car à en croire les responsables de la supervision bancaire au Maroc, la nouvelle loi bancaire en gestation devrait développer davantage le système bancaire au Maroc. Il reste maintenant à activer sa mise en place.

Les Echos Quotidiens

 

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