Voila une extrait de l'intervention de Cgristine Lagarde, directrice du Fonds Monétaire International au Woodrow Wilson Center. La directrice a parlé des problèmes dont souffre la planète à savoir la crise de l'endettement dans les pays avancés, le risque d'instabilité dans le système financier mondial et les tensions sociales. La directrice suggère aussi des solutions pour atténuer ces maux.
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L'extrait :
Quel est le problème ?
«Défis économiques mondiaux et solutions mondiales», tel est le titre de mon intervention. Mais avant de parler de solutions nous devons nous entendre sur les problèmes. Je souhaiterais en évoquer trois, distincts mais interdépendants : les tensions bilantielles qui sapent la croissance, l’instabilité au cœur du système économique mondial et les tensions sociales.

Dans les pays avancés, l’un des grands défis à court terme tient à l’essoufflement de la reprise provoqué par les tensions bilantielles. Il y a trop d’endettement dans le système. Les incertitudes planent sur les États dans l’ensemble des économies avancées, sur les banques en Europe et sur les ménages aux États-Unis. La faiblesse de la croissance et la fragilité des bilans — ceux des États, des établissements financiers et des ménages — s’aggravent mutuellement, attisent la crise de confiance et freinent la demande, l’investissement et la création d’emplois. Ce cercle vicieux gagne en intensité et, pour être franche, les atermoiements des dirigeants et les dysfonctionnements politiques n’y sont pas étrangers.
J’en viens au deuxième problème, qui lui s’inscrit dans le plus long terme : le risque d’instabilité au cœur du système économique mondial. Dans notre monde interdépendant, les secousses économiques dans un pays peuvent se propager avec force et rapidité à l’ensemble de la planète, surtout si elles partent des économies d’importance systémique. Les études du FMI montrent que les liens financiers transmettent ces secousses de manière rapide et à grande échelle. Et en présence de problèmes persistants d’endettement, les risques pour la stabilité financière s’accentuent fortement.
Le troisième problème concerne les tensions sociales qui bouillonnent sous la surface. Plusieurs éléments s’y entremêlent : la persistance d’un niveau de chômage élevé, notamment chez les plus jeunes; l’austérité budgétaire qui entame les protections sociales; l’injustice apparente où l’on semble privilégier le financier au détriment de l’homme de la rue; et des antécédents de croissance qui dans de nombreux pays ont surtout profité aux couches supérieures de la société. Autant de considérations qui ne font qu’attiser la crise de confiance.
Quelle est la solution ?
Que pouvons-nous faire ? Je souhaiterais proposer quatre grands fronts pour assurer la reprise et la stabilité économique — remise en état, rééquilibrage, réforme et reconstruction. Bref, les «4 R».
Premièrement, remettre en état. Nous devons tout d’abord atténuer certaines des tensions bilantielles qui risquent d’étouffer la reprise — au niveau des États, des ménages et des établissements bancaires.
S’agissant des États, les pays avancés ont besoin de plans crédibles à moyen terme pour réduire et stabiliser leurs ratios d’endettement public. Cela doit venir en premier. Mais à vouloir rééquilibrer trop vite on risque de nuire à la reprise et d’aggraver les perspectives d’emploi. Il s’agit donc de trouver le juste milieu entre la perte de crédibilité, d’une part, et la remise en question de la croissance, d’autre part. Il y a un moyen d’y parvenir. Les mesures crédibles qui permettront de générer et d’affermir l’épargne à moyen terme contribueront à dégager un espace de croissance aujourd’hui — en permettant de procéder à un rééquilibrage plus lent.
Certes, les modalités exactes varieront d’un pays à l’autre. Certains n’ont d’autre choix que de réduire les déficits aujourd’hui, surtout s’ils sont soumis aux pressions des marchés. D’autres devraient s’en tenir à leurs plans d’ajustement, tout en étant prêts à changer de cap si la croissance s’essouffle davantage. D’autres encore ont peut-être forcé la marche et pourraient ralentir quelque peu.
À propos, il ne s’agit pas simplement de savoir sur quoi doit porter l’ajustement, mais aussi quelles doivent en être les modalités. À court terme, les gouvernants doivent se centrer sur les mesures qui produiront le plus de résultats, qui créeront des emplois et donneront un coup de pouce à la croissance, et qui tiendront compte de la répartition des revenus. Les modalités de l’ajustement sont également importantes à moyen terme, là où les plans budgétaires doivent miser sur la croissance. Je pense notamment aux réformes fiscales, y compris l’élargissement de l’assiette de l’impôt. Les réformes des prestations seront aussi essentielles pour assurer la viabilité à long terme de la dette dans presque tous les pays avancés.
Les dirigeants doivent également traiter des bilans des ménages et des établissements bancaires.
Vu la crise de l’emploi que connaissent les États-Unis, je salue la récente proposition du Président Obama à l’appui de la croissance et de l’emploi. Par ailleurs, il reste essentiel pour les gouvernants de préciser en parallèle les plans qu’ils entendent mettre en œuvre à moyen terme pour remettre la dette publique sur la voie de la viabilité. Comme corollaire du volet crucial de l’emploi, il importe d’engager des mesures en faveur des ménages surendettés, notamment sous la forme de programmes dynamiques de réduction du principal, ou en les aidant à se prévaloir des faibles taux d’intérêt.
En Europe, les États doivent s’attaquer résolument à leurs problèmes de financement, à la faveur d’un assainissement crédible de leurs finances publiques. En outre, pour accompagner la croissance, par le biais de crédits au secteur privé, toutes les banques devront disposer de volants de fonds propres suffisants.
Deuxièmement réformer. La remise en état permettra de remettre l’économie d’aplomb aujourd’hui; la réforme, quant à elle, permettra de jeter les bases d’un avenir économique plus stable.
Sur ce front, la réforme du secteur financier est une priorité. Nous sommes certes parvenus à un accord général sur des normes de fonds propres et de liquidités de plus grande qualité et sur des modalités appropriées d’application progressive. Mais des lacunes considérables subsistent dans des domaines tels que la supervision, les résolutions transfrontalières, les établissements dits trop importants pour sombrer, et les systèmes bancaires parallèles. Une coopération internationale s’impose sur tous les plans pour éviter les arbitrages réglementaires. Le fait que nombre de ces questions demeurent en suspens trois ans après la chute de Lehman devrait tous nous inquiéter.
Nous devons également mettre au point et affiner des outils macroprudentiels pour maîtriser les risques financiers. En l’occurrence, il s’agit notamment de faire en sorte que les banques détiennent plus de fonds propres lorsque la conjoncture est favorable ou d’appliquer des quotités maxima pour prévenir les bulles immobilières.
Au chapitre des réformes, je souhaiterais également inclure la dimension sociale. L’emploi doit être au cœur de nos préoccupations. Il ne permet pas seulement d’entretenir la demande; il contribue à la dignité humaine. Pour reprendre Dostoïevski, «dépourvus d’un travail utile, les hommes et les femmes perdent leur raison d’exister». Cela est particulièrement important chez les jeunes, qui risquent de perdre la course avant même que ne soit donné le coup d’envoi. Nous devons également promouvoir une croissance qui soit solidaire, qui profite à l’ensemble de la société.
Le troisième «R» est celui du rééquilibrage. Le terme a une double déclinaison. Premièrement il s’agit de faire rebasculer la demande du secteur public vers le secteur privé, lorsque ce dernier sera suffisamment solide pour en assumer le poids. Nous n’y sommes pas encore.
Deuxièmement il faut rééquilibrer la demande mondiale, des pays déficitaires vers les pays excédentaires. Le principe est clair : comme les pays avancés dépensent moins et épargnent plus, les principaux pays émergents doivent prendre le relais et commencer à générer la demande nécessaire pour dynamiser l’économie mondiale. Mais jusqu’à présent le rééquilibrage a été principalement le résultat d’un plus faible niveau de croissance. Dans certains pays, il est bloqué par des politiques qui freinent excessivement la demande intérieure et modèrent par trop l’appréciation de la monnaie. D’autres pays émergents se heurtent aux dangers issus des entrées de capitaux trop rapides.
Le manque de rééquilibrage nuit à tous. Dans notre monde interdépendant toute idée de découplage relève de la fantaisie. Si les pays avancés sombrent dans la récession, les marchés émergents ne seront pas épargnés. D’ailleurs personne ne le sera. Le rééquilibrage est dans l’intérêt du monde, mais il est aussi dans l’intérêt des pays.
Cela n’aurait pas échappé à Woodrow Wilson, j’en suis persuadée.
Le quatrième — et dernier —«R» est celui de la reconstruction. En l’occurrence je pense surtout aux pays à faible revenu qui doivent reconstituer la marge de manœuvre de leur politique économique — y compris leur situation budgétaire — laquelle leur a été si utile durant la crise, de sorte qu’ils puissent se protéger contre d’autres tempêtes. Cela les aidera en outre à ménager l’espace nécessaire aux investissements publics porteurs de croissance et aux dispositifs de protection sociale, par exemple en leur permettant de déployer des subventions bien ciblées afin de protéger les pauvres contre les fluctuations des cours des matières premières, sans compromettre la viabilité budgétaire.
Voilà donc les 4 «R» de la reprise. Mais il y en a en fait un cinquième : le rôle du FMI.
Je disais au début que le monde entamait une nouvelle phase dangereuse de la crise. Dans cette situation, le FMI — fort de ses 187 pays membres — occupe une place de choix pour promouvoir l’action collective à l’échelle mondiale. Comment expliquer cela ?
- Nos capacités de surveillance peuvent aider à détecter les risques, mais aussi à déceler les possibilités qu’offre l’interdépendance de nos économies.
- Nos conseils de politique économique peuvent aider à éclairer les grands dossiers —croissance, grandes vulnérabilités, effets de débordement — et à orienter la coopération internationale, notamment si nous parvenons à mettre judicieusement à profit l’assistance technique fournie aux pays.
- Nos prêts peuvent offrir un répit aux pays confrontés à une série de difficultés immédiates — pays émergents qui succombent à l’instabilité extérieure, pays qui ont des besoins particuliers dans des situations d’urgence ou de transition, et pays à faible revenu vulnérables.
- Et par-delà l’horizon de la crise, le FMI peut aussi aider à construire un système financier international plus sûr et plus stable. C’est là notre mission primordiale.
Bien entendu, nous n’allons pas pécher par excès de confiance. Comme tout un chacun, vu les défis que le monde doit relever, nous devons nous aussi nous mettre à la hauteur des enjeux — pour servir avec d’autant plus d’efficacité nos pays membres de par le monde. J’en dirai plus sur ce sujet la semaine prochaine, à l’occasion de notre Assemblée annuelle. Restez donc à l’écoute !
Le Fonds Monétaire International






















