L'Espagne, où se tiennent des élections législatives ce dimanche, a dû concéder un taux d'intérêt proche de 7% pour placer ses obligations à 10 ans, dans un contexte de contagion généralisée de la zone euro.
« C'est une tragédie nationale. Plus personne ne nous prête », a réagi sur Twitter le directeur du quotidien « El Mundo », Pedro José RamÃrez, dans les minutes qui ont suivi la clôture de l'adjudication espagnole.
Le Trésor a dû payer, jeudi 17 novembre, un taux d'intérêt moyen de 6,975% pour émettre 3,563 milliards d'euros d'obligations à 10 ans, soit le taux le plus élevé depuis la création de l'euro. L'Espagne n'a pas placé le maximum prévu (4 milliards d'euros), certainement dans le souci de ne pas vouloir dépasser la barre psychologique des 7%. C'est à partir de ce seuil que la Grèce, l'Irlande et le Portugal ont accédé à une aide financière internationale.
« Le Trésor a payé 6,975%, c'est une atrocité, le taux le plus élevé depuis 1997 ! », s'exclame Daniel Pingarrón, stratégiste chez IG Markets. Les derniers titres émis avec une maturité similaire l'ont été à un taux maximum de 5,453%, le 20 octobre dernier.
Juste avant l'opération, la prime de risque de l'Espagne, c'est-à -dire l'écart de taux entre les titres espagnols et allemands à 10 ans, grimpait inexorablement jusqu'à frôler les 500 points de base. Un seuil qu'elle a dépassé dans la foulée de l'émission, malgré les achats de la Banque centrale européenne (BCE) sur le marché secondaire.
Le problème n'est plus espagnol mais européen
Peut-on en déduire que l'Espagne a perdu l'accès aux marchés ? « On peut le dire depuis plusieurs jours déjà . C'est une erreur de ne pas avoir suspendu cette opération en début de semaine compte tenu du contexte. Maintenant le Trésor est condamné à payer 7% durant les dix prochaines années », estime Daniel Pingarrón.

Mais pour José Luis Martinez, stratégiste chez Citi, l'Espagne « n'a pas perdu l'accès au marché ». Il en veut pour preuve le ratio « bid to cover », qui mesure la demande des investisseurs par rapport à l'offre. Ce ratio s'est établi à 1,5 jeudi. C'est pourtant bien moins qu'au cours des précédentes opérations, où l'Espagne se distinguait de l'Italie par une demande soutenue.
S'il est une chose sur laquelle les deux analystes tombent d'accord, c'est que le « problème n'est plus espagnol mais européen ». « Ce n'est plus seulement l'Espagne, le « spread « de la France a aussi battu des records, celui de la Belgique aussi, l'Italie, évidemment, est dans une situation encore pire, s'inquiète Daniel Pingarrón. Toute crédibilité a été perdue. »
Les Echos






















