Standard & Poor's a menacé de revoir à la baisse la note de 15 pays, dont l'Allemagne et la France, ainsi que celle du FESF. Retour sur une décision qui met une pression supplémentaire sur les chefs d'Etat européens avant le sommet des 8 et 9 décembre.
L'euro est-il immunisé ?
Le nouveau carton jaune de l'agence Standard & Poor's à la zone euro a fait trébucher la monnaie unique, qui a cédé 0,41 %, à 1,3397 dollar. L'euro s'est toutefois habitué, et donc en partie immunisé contre ces chocs à répétition et autres mauvaises nouvelles. Depuis la crise de l'été, il a atteint, au plus bas, la zone de 1,32 dollar. Après les actions et les titres d'Etat, la monnaie unique est la dernière digue à contenir les assauts répétés des marchés, qui ont jusqu'ici échoué à la faire céder. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé.
En effet, les positions vendeuses sur l'euro et par rapport au billet vert se sont encore accrues récemment selon les dernières statistiques. Un mal pour un bien, un marché qui penche trop unanimement dans un sens s'expose au contre-pied quand les vendeurs devront racheter leurs positions vendeuses si le flux de nouvelles leur est soudain défavorable. Selon David , stratège chez JP Morgan AM, la bonne résistance de la monnaie des Dix-Sept trouverait notamment son explication dans le fait qu'elle n'est surévaluée -et donc appelée à corriger -que par rapport à un nombre très limité de devises telles le dollar américain ou livre sterling. « Si la Réserve fédérale surprend le marché avec un 3e plan d'assouplissement quantitatif (QE3), le dollar subira alors une pression à la baisse, éloignant la perspective d'un ajustement de la parité euro-dollar », estime le stratège. Lors des deux précédents plans d'assouplissement quantitatif américains, la monnaie unique avait gagné entre 5 % et 7 % par rapport au billet vert.
N. A.-K.
Pourquoi une telle annonce maintenant ?
Le moment choisi par S&P pour mettre sous surveillance la note de quinze Etats de la zone euro a hérissé plusieurs dirigeants. « C'est un timing inopportun, juste après l'annonce de décisions fortes par l'Allemagne et la France », a déploré Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, tout en reprochant à l'agence d'avoir des critères plus politiques qu'économiques. De son côté, Michel Barnier, le commissaire européen, a lui noté que « cette appréciation sortait trois jours avant le Conseil européen, plutôt qu'après pour en évaluer l'impact ». L'agence de notation s'est défendue de vouloir « donner des conseils aux dirigeants politiques » et a assuré que son rôle était simplement de « faire état des risques qui pèsent sur les investisseurs ». Sa position est toutefois ambiguë puisque, dans le même temps, elle souligne que le « sommet européen est l'occasion de casser le schéma (jusque-là en vigueur) » et que « s'il n'apporte pas une réponse crédible et efficace, la crédibilité des Etats de la zone euro sera encore entamée ». Autant de déclarations qui sonnent comme un avertissement. S&P décidera en outre de dégrader les notes de certains Etats à l'issue du sommet.
I. C.

Quel impact sur le Fonds de stabilité ?
L'annonce de Standard & Poor's sur le Fonds européen de stabilité financière (FESF) n'a pas tardé. Après avoir mis les Etats AAA de la zone euro sous surveillance, l'agence de notation a appliqué le même traitement au FESF, qui bénéficie lui aussi de la meilleure note. Une décision logique, puisque le fonds de soutien est garanti par ces Etats. Sa note pourrait ainsi être dégradée de deux crans maximum dans les trois prochains mois, si au moins un Etat AAA était déclassé. La nouvelle note du FESF serait égale à la plus mauvaise note attribuée à l'un des six grands garants, à moins qu'on ne trouve un moyen de rehausser la qualité de crédit du Fonds. Le FESF, qui a déjà des difficultés à convaincre les investisseurs de son efficacité, se trouve ainsi encore fragilisé. Une hausse de son coût de financement pourrait affecter les pays à qui il octroie des prêts. Par ailleurs, étant donné que des obligations du FESF doivent être proposées aux investisseurs qui participent à l'opération de restructuration de la dette grecque -prévue en début d'année 2012 -, l'annonce de S & P risque de relancer les négociations. Hier, le rendement des obligations à 10 ans du FESF ne se tendait toutefois pas beaucoup : il montait à 3,61 %.
I. C.
Le coût de la dette française va-t-il exploser ?
C'est la question centrale pour les finances publiques françaises. Depuis des semaines, les opérateurs de marché soulignent que la note de la France est déjà dégradée dans les faits puisque son écart de taux avec l'Allemagne s'est envolé, jusqu'à 200 points de base le mois dernier. Mais ce « spread » est retombé depuis autour de 105 points, les taux des émissions françaises restent relativement bas et Philippe Mills, le directeur de l'Agence France Trésor, a prévenu que « ceux qui prétendent qu'il ne se passera rien le jour où la France perdra son AAA se trompent complètement » (« Les Echos » du 23 novembre). En prenant l'exemple de la Belgique, seul Etat noté juste en dessous (AA+), l'écart avec la France est de 120 à 150 points de base. Ce qui représenterait 2,5 à 3 milliards d'euros de plus par an. Ce n'est pas une explosion, mais il faut souligner que l'impact d'une hausse des taux irait crescendo dans le temps, à mesure que les titres de dette doivent être refinancés. La charge de la dette est prévue à 48,8 milliards d'euros en 2012 (après 46,8 milliards en 2011). Bercy souligne que ce scénario repose sur une prévision prudente de taux à 10 ans à 3,70 % (contre 3,24 % hier) et une nette remontée des taux courts.
E. L.
Les « zinzins » vont-ils vendre les titres AAA ?
De prime abord, la plupart des investisseurs institutionnels, ou « zinzins », estiment que cette mise sous surveillance négative n'aura pas d'incidence sur les portefeuilles, au même titre que la perte du triple A par les Etats-Unis. « L'absence de réactions des marchés, qui avaient déjà intégré cette menace, vient conforter notre conviction. Les notes ne vont pas passer des niveaux qui nous inciteraient à vendre », déclare Jean-Claude Guimiot, DG délégué d'Agrica Epargne, qui signale que, pour les institutions de prévoyance, la réglementation ne fait pas référence à la notation. Mais l'approche de la gestion obligataire risque de changer. « On va passer d'un raisonnement absolu à un raisonnement relatif, souligne l'un d'entre eux. On parlera de notation de portefeuille par rapport à la note de son pays d'origine, surtout si on n'a plus de triple A en référence. »
Philosophe, un intervenant se demande si cet avertissement ne va pas permettre de reconsidérer les pays périphériques de la zone euro... Cela renforce une autre idée qui s'est installée dans le marché, selon laquelle la dette privée serait moins risquée que la dette souveraine. Fondamentalement, les uns et les autres s'interrogent sur ce qu'est un taux sans risque.
Les Echos























