Un record jamais atteint par le passé. La compensation a crevé tous les plafonds prévus par le gouvernement de Abbas El Fassi. De fait, c’est une patate «brûlante» qui est refilée à la nouvelle équipe gouvernementale.
52 milliards de DH, c’est le montant faramineux à débourser par le budget de l’Etat au terme de l’exercice 2011. Une véritable hémorragie, si on compare le chiffre avec les réalisations des années précédentes: 27 milliards de DH en 2010 et 32 milliards en 2008. Cette dernière année, faut-il le rappeler, a enregistré la plus forte flambée tant des matières premières agricoles que des produits pétroliers. On est donc loin des prévisions initiales de 32 milliards de DH y compris la rallonge de 15 milliards décidée sous la pression de la contagion du printemps arabe.
Du coup, c’est 23% du budget de l’Etat qui a été destiné à soutenir les prix des produits énergétiques, pain et sucre. Et la proportion n’est point remise en cause par les organismes officiels en charge du dossier. A commencer par la Caisse de compensation herself. Selon Najib Benamor, les estimations de la Caisse tablent sur pas moins de 45,6 milliards de DH.
Tout en insistant sur «le caractère prévisionnel» du montant, le DG de la Caisse en écarte la part réservée à la farine nationale de blé tendre (FNBT) et autre farine de luxe. Car, relevant de l’Office national interprofessionnel des céréales et légumineuses. Et c’est à ce niveau que les chiffres ont explosé. Habituellement, la FNBT nécessitait un soutien de l’Etat de l’ordre de 2 milliards par an.
Subvention, qui était largement récupérée à travers les équivalents tarifaires à l’importation des céréales. Mais depuis la flambée des cours de ces denrées à l’international en 2008, le concours de l’Etat a été étendu à la farine de luxe moyennant restitutions aux importateurs et gel des droits de douane.
Dans l’objectif bien évidemment de maintenir le prix du pain basic à 1,20 DH/l’unité. Autrement dit, le différentiel entre l’estimation de la Caisse (45,6 milliards de DH) et le montant à débourser réellement par le budget de l’Etat (52 milliards de DH) se retrouve au niveau du soutien apporté au blé tendre. Ceci, sans compter le manque à gagner pour ce qui est des droits d’importation. Gel qui vient d’être prorogé jusqu’au 28 février prochain (cf. www.leconomiste.com; édition du mercredi 28 décembre).
C’est 23% du
budget de l’Etat qui a été destiné
à soutenir les prix des produits
énergétiques, pain et sucre
Pour le reste, Benamor, estime que les produits énergétiques (gasoil, fuel et gaz de pétrole) ont englouti 41,6 milliards de DH, soit 90% de l’enveloppe globale. Alors que le sucre a vu sa part augmenté de 100% à 4 milliards. Pour rappel, les importations de cette denrée ont porté à fin novembre dernier sur 4,3 milliards de DH, contre 2,8 milliards par rapport à la même période de 2010. Un bond de 53% à mettre à l’actif de la hausse des cours du sucre brut à l’international mais aussi à la production nationale jugée assez moyenne.

Mais au-delà , la répartition de l’enveloppe fait ressortir des inégalités criardes. «Les couches défavorisées n’en prélèvent que 7% contre 49% pour la classe moyenne», révèle une étude du ministère délégué chargé des Affaires économiques et générales. Le même document signale que la population nantie ainsi que les entreprises se partagent le reste à raison de 30% pour la première catégorie et de 20% pour la seconde. Une distribution décriée par tous les partis politiques y compris par ceux de la majorité sortante lors de la campagne électorale. Maintenant que tous les jeux sont faits, le nouveau gouvernement piloté par le PJD va-t-il prendre à bras-le-corps, comme promis, la réforme de la Compensation? D’autant que le parti islamiste en a fait le cheval de bataille lors de sa campagne électorale en dénonçant surtout la mauvaise répartition des aides et leur impact désastreux sur les finances publiques. La réponse sera certainement apportée par le programme du nouveau gouvernement.
L'Economiste























