En l'absence de mesures correctrices d'envergure, la configuration de croissance en 2012 exercerait une forte pression sur les dépenses et les recettes de l'Etat.
Avec une situation très tendue du point de vue solde budgétaire et niveau d'endettement, les perspectives pour l'année 2012 ne semblent pas offrir des marges de manœuvre suffisantes pour faire jouer à la dépense publique un rôle de premier plan de soutien à l'activité et à la croissance. Le bouclage difficile du budget de l'année 2011, avec des charges supplémentaires induites, entre autres, par les revalorisations salariales et les dépenses de compensation, est à ce titre assez révélateur. Après une embellie assez éphémère, des signes de fragilité sont en effet apparus.
Le taux de croissance des recettes a ainsi nettement décéléré alors que les dépenses sont devenues pesantes. Corollaire : les déficits se sont aggravés et la part de la dette dans le PIB s'est alourdie !
La dégradation de la conjoncture économique, qui caractérise l'année en cours, et les mesures de soutien de l'activité qu'elle induit risquent d'augmenter le déficit de façon exagérée. Les observateurs sont formels : si cette tendance prévisible n'est pas contrôlée, pour éviter qu'elle devienne contreproductive, l'équilibre des finances publiques s'écartera durablement de la trajectoire fixée il y a quelques années.
En fait, on s'attend à ce que la pression sur les dépenses publiques se maintienne. En plus du maintien des cours des matières premières à des niveaux élevés, le budget devrait faire face aux charges relatives aux accords sociaux et au recrutement des diplômés chômeurs.
Au passage, il faut préciser que les dernières hausses salariales consenties au profit des agents de l'Etat, ainsi que la revalorisation du salaire minimum, n'auront qu'un effet limité en dépit de l'importance des montants qui sont en jeu. De fait, pour la plupart des bénéficiaires, ces hausses sont perçues uniquement comme un rattrapage partiel des pertes de pouvoir d'achat cumulées sur plusieurs années.
A cela s'ajoute la hausse des charges de compensation suite au renchérissement des prix des matières premières sur le marché international.
Selon des experts, le prix du pétrole budgétisé à 108 dollars reste hasardeux sachant que même si les prévisions tablent sur une stabilisation des cours, voire une baisse dans le sillage de la récession économique de la zone euro, son envolée n'est pas à exclure à nouveau, notamment en cas de tensions géopolitiques majeures.

Il reste aussi que la crise de la dette dans la zone euro poursuit sa course infernale malgré les efforts déployés pour la contenir, notamment en termes de soutien financier conséquent et de renforcement de la discipline budgétaire. La défiance des investisseurs favorise la flambée des taux d'intérêt, ce qui, conjugué au risque de récession en Europe, soulève la question de la soutenabilité des dettes. Un raisonnement imparable : l'économie marocaine serait touchée via plusieurs canaux...
Outre l'inflation importée, le taux de change de l'euro et les retombées de la crise de confiance, d'autres seraient liés aux politiques d'austérité sur la croissance en zone euro et partant, sur la demande étrangère adressée au Maroc et les flux financiers en provenance de la zone.
Du reste, les implications de ces développements, qui sont de nature à brouiller la visibilité, ne peuvent que déteindre foncièrement sur le climat de l'investissement et la dynamique économique. Tout cela pour dire, en définitive, qu'au chapitre des équilibres financiers, la configuration de croissance en 2012 prévoit une forte pression sur les finances publiques. Une tendance qui serait susceptible de conduire, en l'absence de mesures correctrices d'envergure, à des dérapages excessifs. Faut-il pour autant rappeler que l'orientation de la politique économique qui a été poursuivie dans le dernier budget a eu beaucoup à faire pour le rétablissement du climat de confiance sérieusement ébranlé par les bouleversements majeurs ayant secoué le voisinage immédiat du Maroc.
Dans sa dernière publication, le Centre Marocain de Conjoncture (voir notre article à ce sujet, dans notre édition du vendredi 13 janvier dernier), indique qu'outre le relâchement prévisible des ressorts de la dynamique économique, aux plans interne et externe, les configurations de croissance en 2012 demeurent encore soumises à de multiples facteurs d'incertitudes liés au contexte politique et social. Il est vrai qu'après la réforme constitutionnelle et la dynamique qu'elle a induite au niveau du cadre institutionnel depuis le début de l'été et jusqu'à la formation du nouveau gouvernement, il est tout à fait loisible de s'attendre à une certaine accalmie des mouvements revendicatifs favorisant le rétablissement de la confiance, seul gage de reprise de l'activité et de relance de l'investissement.
Net regain d'incertitudes
Pour le Centre Marocain de Conjoncture «même si les incertitudes inhérentes à ce genre de situations demeurent présentes, la détermination affichée de faire aboutir la dynamique de réforme à son terme contribuera à améliorer la visibilité pour les acteurs et à instaurer des conditions plus propices à la prise de risque et à l'investissement». C'est dire que sur le plan stratégique, la problématique de diversification des structures de production ainsi que de la compétitivité des entreprises marocaines, devraient aussi faire partie des préoccupations futures du gouvernement. L'encouragement de l'investissement tant local qu'étranger devrait s'ériger comme ressort de toute politique économique à mener dans les années à venir. Certains analystes font observer que le Maroc peut compter sur le soutien des pays du Golfe qui, à défaut de faire adhérer le Maroc à leur organisation économique régionale, lui proposent un statut avancé avec à la clé l'afflux de fonds considérables destinés à financer les projets de développement aussi bien dans le tourisme que dans d'autres activités.
Le Matin






















