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Analyse de l'évolution des indices boursiers de la BVC :

L'analyse de l'évolution de l'activité au sein de la BVC nous paraît d'importance capitale. Pour se faire nous avons utilisé la capitalisation boursière et le nombre de sociétés cotées et radiées. Cela nous permettrait de se faire une idée sur les disfonctionnements dont la BVC est victime.

On se propose d'utiliser le graphique suivant en vue de décrire l'évolution de la capitalisation boursière de la BVC.

Graphe (2.1.1) : l'évolution de la capitalisation boursière de la BVC

Source des données : Les données transposées dans ce graphique ont été puisées de l’article de DJEBBAR Mahfoud [1] complété par le tableau de bord de l’économie Marocaine.

 

Graphe (2.1.2) : évolution du nombre de sociétés cotées à la BVC

Graphe (2.1.3) : évolution du nombre de sociétés radiées et introduites à la BVC

La BVC se caractérise par la faiblesse des introductions ou ce que les professionnels appellent le manque du papier[2].

Avant 1993, la BVC vivait une période de léthargie. La capitalisation durant cette période se caractérisait par sa faiblesse. Malgré la longue histoire de la BVC[3] et qui, normalement, devrait lui permettre de se développer à travers le temps, la capitalisation reste en deçà des espérances.

Ce n'est qu'à partir du début des années quatre-vingt-dix que cette capitalisation commençait à monter en flèche, par contre le nombre de sociétés cotées commençait à diminuer à cause des radiations (entre 1993 et 1997 incluse, 34 firmes se sont radiées (graphe 2.1.3). A partir de 1998 la capitalisation boursière commençait à connaître une chute libre en raison de la vague des fusions et absorptions[4]. La chute s'arrêta en 1998, année à partir de laquelle la capitalisation augmente à des niveaux records. cela peut être expliqué par des opérations d'introduction (en 2006, dix sociétés ont accédé à la cote totalisant une capitalisation de 45 milliards de DH[5] et en 2007, dix autres se sont introduites engendrant l'augmentation de la capitalisation de 62 milliards de DH).

On constate que les performances réalisées par la bourse marocaine ces dernières années sont liées à l'accès de  nouvelles sociétés à la cote. Sans ce fait là, on peut dire que la BVC reviendrait de nouveau à sa léthargie.

Il va sans dire que l'introduction de nouvelles sociétés à la cote dope le marché et le rend attractif en matière d'opportunités de placement.

Ce niveau de capitalisation important reste, certes, faible tant que la bourse marocaine ne tourne pas à plein régime. Plusieurs sociétés doivent rejoindre la cote et pourtant elles n'y pensent pas. Ce phénomène a constitué un sujet de réflexion pour plusieurs chercheurs. Ont en propose les suivants :

Abdellatif el M'kaddem et Abdelhamid el Bouhadi (2006)[6] renvoient la faiblesse des introductions à des raisons économiques, socioculturels, et technico-institutionnels.

Parmi les causes économiques de la faiblesse des introductions on cite :

- Le caractère de l'économie marocaine en tant qu'une économie sous développée, informelle et dont la croissance est dépendante des aléas climatiques. Le tissu industrielle reste dominé des PME / PMI souffrant de pénuries de capitaux et sont incapables de prendre le risque d'une cotation.

- La nature des entreprises marocaines : certaines relèvent des choix stratégiques de l'Etat (par exemple OCP et ONCF) et leur privatisation reste la dernière carte de jeu de la puissance publique. D'autres entreprises sont à caractère familial s'autofinancent par le biais de leur tirelire ou via des circuits informels. Pour elles, l'ouverture du capital est semblable au suicide.

- La faiblesse de la croissance et la résurgence des inégalités quant à la répartition de cette infime croissance. Cela rend les ménages incapables de constituer une épargne positive.

Quant aux causes socioculturelles, on peut dire que le caractère familial des entreprises marocaines rend impossible le partage des comptes qui restent un secret exclusivement familial. La tendance de l'investisseur marocain a une aversion envers le  risque et préfère recevoir des rentes régulières et les PME optent pour des projets à court ou à très court terme financés par le crédit des intermédiaires financiers (banques et sociétés de crédit).

Et enfin les causes techniques et institutionnelles renvoient à la faiblesse des introductions à des instances de contrôle dont les moyens, humains, juridiques[7], financiers et techniques ne suffisent pas pour mener à bien cette mission.

Abouch Mohamed (2000)[8], en analysant le processus de privatisation des entreprises marocaines, conclut que même si l'Etat a réussi à prononcer la décision audace de privatiser l'entreprise c'est au mode de cession[9] ou de transfert de ces entreprises que revient la faiblesse de la capitalisation. En effet, les pouvoirs publics privilégient le mode hors marché ce qui rend le capital transitant par la bourse minoritaire (voir tableau 2.1.1).

Aux causes citées au dessus, Rachid Belkahia (1994)[10] ajoute la pratique de la sous-évaluation de l'action lors de l'introduction. En effet, la valeur de l'action ne reflète pas les caractéristiques financières de l'entreprise lors de l'introduction. Cette pratique a pour but de favoriser un bon comportement de l'action postérieurement à l'introduction et permet également aux souscripteurs de réaliser des plus-values latentes. Cette pratique constitue un fort frein à l'introduction en raison de son impact psychologique et économique sur les actionnaires-origines qui se trouvent accepter de partager les fruits de leur travail avec un actionnariat sans contrepartie (exemple le premier cours de cotation des actions CTM  et CIOR était, respectivement, 250 DHS et 230 DHS. Postérieurement à l'introduction le cours monte, respectivement, à 335 DHS et 296 DHS).

 


[1] DJEBBAR, Mahfoud. (1997). « Marchés financiers émergents : cas de la bourse de Casablanca », Revue des sciences économiques de gestion et de commerce, N° : 6

[2] ABOUCH, Mohamed. (2000). « la bourse des valeurs et privatisation au Maroc », critique économique, N° 3.

[3] La BVC a été crée le 7 novembre 1929 et s'appelait “office de cotation”.

[4] En 1999, La société Asmar et la société chérifienne des pétroles ont été radiées à la suite de leur absorption respective par Ciments du Maroc et Samir ; en 2000 : Augmentation de capital de la BNDE par fusion absorption de la BMAO ; en 2001 : la Banque Marocaine pour le Commerce et l’Industrie (BMCI) a augmenté son capital par fusion absorption d’ABN AMRO Bank Maroc (AABM).

[5] Dont 38,5 milliards de DH revenant à Addoha (secteur immobilier).

[6] EL M'KADDEM, Abdellatif. et EL BOUHADI, Abdelhamid. (2006). « les introductions à la bourse de Casablanca », critique économique, N° 17.

[7] Si le CDVM arrive à réunir les preuves nécessaires à la condamnation d'un intervenant ou d'un investisseur, c'est au juge que revient la compétence de prononcer le jugement final est non le CDVM. La mission de ce conseil s'arrête une fois les preuves sont réunies.

[8] ABOUCH, Mohamed. Op, Cit

[9] En matière de transfert des entreprises publiques on distingue deux modes : le premier est  la cession hors marché qui est composé de l'appel d'offre et l'attribution directe. Le deuxième est la cession par le marché financier.

[10] BELKAHIA, Rachid. « Les entreprises et la bourse : essai d'analyse du comportement des firmes marocaines », Revue marocaine de droit et d'économie du développement, N° 33, 1994.

Mise à jour le Mardi, 29 Novembre 2011 10:02  

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