La plupart des responsables du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord s’accordent à reconnaître qu’une croissance plus vigoureuse est une composante vitale de toute stratégie destinée à relever les niveaux de vie et à combattre les taux de chômage élevés qui perdurent dans la région. Une question se pose à cet égard : que rôle le secteur financier peut-il jouer ?
Il est couramment admis qu’un secteur financier florissant et dynamique permet d’améliorer la situation économique d’un pays et de promouvoir une croissance plus rapide et plus équitable. Pour répondre à cette question nous devons donc jeter un regard sur le passé et examiner en quoi le secteur financier a historiquement contribué à la croissance de la région.
L’expérience du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord n’a malheureusement pas été aussi réussie que dans d’autres régions. Certes, globalement, quant à son ampleur, l’activité des banques et des places boursières — ce que les économistes appellent la «profondeur financière» — y a été semblable à la moyenne des pays du monde émergent et en développement, mais nous constatons deux grandes différences :
• Les secteurs financiers de la région varient considérablement d’un pays à l’autre. Par exemple, en 2008, le pays dont le secteur bancaire était le plus profond (la Jordanie) fournissait à son économie un volume de crédit 16 fois plus important que celui observé dans le pays où ce secteur était le moins profond (la Libye). Des pays comme l’Arabie Saoudite présentent une activité boursière comparable à celle des régions développées, tandis que d’autres n’ont tout simplement pas de marché boursier (le cas du Yémen).
• Dans beaucoup de pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord les systèmes bancaires devraient drainer un volume de crédit plus vaste compte tenu de leur capacité à attirer les dépôts. À l’exclusion des pays du Conseil de coopération du Golfe, le ratio crédits/dépôts moyen de la région est nettement inférieur à la moyenne mondiale des pays émergents et en développement depuis une trentaine d’années.
Qui plus est, à niveau de profondeur égal, les banques de la région n’ont pas eu le même effet d’entraînement qu’ailleurs. Il ressort des enquêtes réalisées que l’accès aux services financiers n’a pas été à la hauteur. Par rapport aux autres régions, les entreprises qui reçoivent des financements bancaires sont moins nombreuses, et une grande partie d’entre elles citent le manque d’accès au crédit comme une lourde contrainte pour le développement de leurs activités. Par ailleurs, un pourcentage plus faible de la population a accès à un compte bancaire ou à un DAB. Les prêts bancaires tendent à se concentrer sur un petit nombre d’emprunteurs, et beaucoup d’entreprises porteuses de croissance se trouvent exclues.

Par conséquent, rien de surprenant à ce que, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, l’impact de l’activité bancaire sur la croissance soit au moins un tiers plus faible que dans les autres pays émergents ou en développement. C’est en tout cas ce qui ressort d’une analyse réalisée à l’échelle mondiale. Si le système bancaire du Yémen gagnait en profondeur pour atteindre la moyenne des pays émergents et en développement, par exemple, la croissance annuelle par habitant augmenterait simplement de 1½ point de pourcentage. En revanche, dans une autre région, un pays comme l’Arménie, dont le système bancaire présente une profondeur comparable, gagnerait 2⅓ points en termes de croissance.
Au manque de profondeur financière de certains pays du Moyen-Orient s’ajoute, dans l’ensemble de la région, ce qui semble constituer un déficit de qualité dans l’intermédiation bancaire par rapport au reste du monde.
Doper la croissance
Que peuvent donc faire les gouvernements de la région pour renforcer la contribution du système financier à la croissance ? Les pays où la faible profondeur des systèmes bancaires, des places boursières ou des marchés obligataires continue de nuire pourraient :
• améliorer les conditions de participation des banques, ménages, investisseurs et entreprises aux transactions financières;
• améliorer les structures légales de protection des droits des créanciers et des actionnaires;
• rationaliser les régimes applicables aux entreprises en difficultés;
• développer des marchés primaires et secondaires des titres d’État; et
• supprimer les encadrements excessifs du crédit ou des taux d’intérêt.
Le maintien de la stabilité macroéconomique serait également bénéfique, le public étant alors davantage disposé à placer son épargne dans les établissements bancaires ou à l’investir dans les marchés de capitaux nationaux.
Pour combler le déficit de qualité, les gouvernements doivent promouvoir la concurrence dans le secteur bancaire. Toute mesure visant à supprimer les obstacles à l’entrée sur le marché et à améliorer l’information sur la solvabilité des agents économiques contribuerait non seulement à favoriser le développement des marchés obligataires locaux, mais aussi, à atteindre cet objectif. Les responsables politiques doivent aussi évaluer —et peut-être alléger — le rôle des banques publiques dans les pays où leur prépondérance risque de limiter la profondeur financière et de brider la concurrence bancaire.
Masood Ahmed, Directeur, Département Moyen-Orient et Asie centrale, Fonds monétaire international
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